Apprendre 2.0

Co-apprendre à apprendre durablement !

florence meichel

L'énaction : vers un puissant paradigme d'apprentissage à l'ère du numérique

Parce qu'un dessin vaut mieux que mille mots, je vous propose cette modélisation inspirée des travaux de Francisco Varela sur les systèmes auto-poïétiques et leur impact en terme d'autonomie et de connaissance !

Cliquer sur l'image pour l'agrandir !



Lire la suite ici :

L'énaction : vers un puissant paradigme d'apprentissage à l'ère du ...

Partager 

Ajouter un commentaire

Vous devez être membre du réseau « Apprendre 2.0 » avant de pouvoir ajouter des commentaires!

Joignez-vous à ce réseau social

Timuche Commentaire par Timuche le 29 Mai 2009 à 13 39
Merci beaucoup Florence pour ton résumé. Je note que tu associais l'énaction avec l'utilisation des TIC. Il est incontestable que l'on cherche encore un angle d'attaque satisfaisant pour l'intégration de ces technologies.

Je me suis penché sur le projet de Verala pour essayer de comprendre ton attrait. Heureusement, j'ai trouvé mieux que l'introduction de Duquaire qui est peu claire...

Il existe un site avec un lexique sur la chose. Ainsi, voici comment est définie la cognition et l'énaction :
« The basic tenet of Enaction is this : “Cognition” is to be defined as the process whereby a living organism, interacting with its environment, “brings forth” or enacts the “world” in which it lives. »

Or Duquaire loupe le "whereby", par lequel, en français.

Ce qui fait que Duquaire semble poser l'identité cognition = énaction, ce qui chagrine mon entendement, grandement.
Or je n'ai pas su trouver de justifications probantes soutenant cette assertion.

En continuant, on comprend que Verala veut donner une définition biologique de la cognition ainsi que critiquer le Computationisme et l'Émergentisme. Ce qui est pour le moins original. Tout en recyclant des notions de cybernétique et de systémique. Là, ça se gate...

Un de ses objectifs, replacer le sujet agent dans son milieu environnant avec lequel il constitue un système unitaire par couplage est bien aussi. Mais d'autres auteurs (Morin, De Rosnay, par exemple) m'ont d'avantage convaincu. C'est sur ce couplage qu'il fait reposer l'autopoiesis. Sur l'exemple des cellules dans un organisme vivant.

Nnnh... La tentative d'illustration de la chose par Duquaire est un peu ratée, selon moi. L'exemple de la voiture est plus compréhensible dans l'exemple donné en anglais dans wikipédia :

« An autopoietic system is to be contrasted with an allopoietic system, such as a car factory, which uses raw materials (components) to generate a car (an organized structure) which is something other than itself (the factory). »

Je me rappelle qu'en SVT, il y avait une leçon qui portait sur la façon dont « le mouton fait du mouton avec de l'herbe », c'est-à-dire comment les herbivores métabolisent les végétaux pour la conservation et la continuation de leur vie, la fabrication de leur énergie. Ce qui était une façon de nous expliquer une partie de l'ontogénèse.

Je ne vois pas bien ce que rajoute l'autopoiesis de Verala à la notion de machine, telle qu'on la trouve en cybernétique... Là encore, je pense qu'il y a des auteurs plus convaincants.

Ailleurs, j'ai pu trouver cette dernière citation :

« ...cognition is not the representation of a pregiven world by a pregiven mind but is rather the enactment of a world and a mind on the basis of a history of the variety of actions that a being in the world performs. » (Varela, Thompson, Rosch. The Embodied Mind , 1991)

Peut-être ai-je une vision trop contrainte par la position constructiviste à dominante sociale... mais j'ai deux commentaires à faire.

1ement, le singulier "la représentation d'un monde pré-établi". Ce singulier me heurte beaucoup. D'une part nous n'avons pas une vision homogène du monde qui nous entoure. Un grand nombre de paradoxes, de représentations contradictoires se superposent les unes sur les autres. Et tout ça (se) tient dans notre esprit. Par exemple, nous avons tous appris que la Terre tourne autour du soleil mais nous continuons à évoquer la "coucher du soleil", à utiliser des noms comme Occident ou Maghreb. Car c'est ce que nous voyons lorsque nous observons l'horizon. Sans parler des phénomènes physiques contrintuitifs tel que le cas de l'or, ce métal mou dont on a découvert que « chauffé à des températures dépassant un milliard de degrés, un réseau cristallin d’atomes d’or ne se met pas à fondre mais au contraire devient plus résistant... » (source). Et qui défrisent notre entendement...
D'autre part, c'est une propriété importante de l'apprentissage — et ce faisant de la découverte de notre monde — de former puis de délaisser des représentations pour en adopter de nouvelles. Tout en rappelant que les anciennes ne sont jamais complètement oubliées et peuvent resurgir. Par exemple, une femme qui montre sa colère est nécessairement une sorcière ou une harpie, ce stéréotype entrant en conflit avec l'image — non moins stéréotypée — de la mère, de la madone. Et je n'ai pas le temps de seulement commencer à évoquer nos représentations de la mort, de la reproduction, du Bien, de la jeune fille "Princesse", &c.

Si lire un livre de didactique des sciences ne vous semble pas rebutant, il y a ce livre qui m'a beaucoup plu.

2ement, la réfutation de l'existence des "préjugés" (a pregiven mind, dans la citation). Nos premières connaissances du monde, nous les recevons de nos parents (et care-givers). Rien que le fait de dire à un nourrisson "c'est maman, c'est papa" implante une dichotomie fondamentale qui restera certainement à jamais l'archétype d'un couple. Hormis peut-être au tennis où l'on parle de "double", les compétitions en couple sont toujours composées d'équipe homme-femme. On a jamais vu sur la glace de couple de patineuses, femme-femme... Pareil en danse. Puis je rappellerai la nature polyphonique du langage telle que démontrée par Bakhtine. Ainsi, les cas de parents qui consultent en thérapie familiale et qui se rendent compte que malgré tous leurs efforts lorsqu'ils s'énervent, ils réemploient les mêmes mots dont se sont servis leurs propres éducateurs (parents, grandparents...), sont innombrables.

Je ne connais pas un bon manuel de psycholinguistique, ni de bons bouquins en SLA (Second Langague Acquisition) et en Linguistique Cognitive en français. Mais il y a toujours çui-ci.

Ce qui m'amène à penser que Maturana avait peut-être une carte à jouer en biologie. Mais la démonstration de Verala en épistémologie n'est pas assez convaincante. Et clairement problématique prise en didactique. Je trouve que l'Émergentisme s'en sort intacte.
Par contre, ironie du sort ! je suis devenu plus réceptif au propos de Masciotra &alii qui utilisent le terme d'énaction beaucoup plus dans le sens qu'en avait donné Bruner, Agir en situation de (ou le préfixe én- IN en latin, prend plus de force). Je vais continuer à creuser, je pense. ^0^
florence meichel Commentaire par florence meichel le 27 Mai 2009 à 16 06
Tu vois Gael, ta réponse est déjà un bond en avant en soi ! :-) Reviens en arrière, quand nous avons commencé à échanger, si je t'avais proposé cette vision en l'état tu m'aurais ri au nez ! :-)

Nous avons cheminé, pris le temps de poser des pierres et des expériences, avancé pas à pas...et le résultat est là : "ma réponse est séduisante" ! :-)...

Tu as changé...nous avons changé...ça a pris du temps...mais savoir que l'énaction est aujourd'hui entendable et séduisante, c'est un formidable encouragement à poursuivre...et oui ça prend du temps...mais finalement pas tant que cela ! :-) ta réponse l'illustre à merveille ! :-)

Pour moi, le métier d' "enseignant" doit évoluer autour deux dimensions : l'apprendre à apprendre et l'accompagnement...tout ce qu'on pourra agir dans ce sens fera avancer et évoluer le système de l'intérieur !
Et au travers de ce que je lis de tes cheminements avec tes élèves, c'est en cours pour toi ! Les retours d'expérience sont importants ! :-)

Ce qu'apporte l'énaction, c'est une mise en cohérence de nos processus d'apprentissage avec la vie que nous vivons...et ce n'est pas rien...et ne le devons nous pas aux enfants que nous accompagnons ????

Pour intégrer l'énaction à petite dose, je me dis que l'expérience du générateur poïétique entre élèves et profs par exemple pourrait créer par exemple un facteur déclenchant porteur ??? Mais il y a plein de pistes à travailler en fait ! j'y reviens !
Gael PLANTIN Commentaire par Gael PLANTIN le 27 Mai 2009 à 15 12
Florence, ta réponse est séduisante... mais elle suppose une réforme en profondeur du système actuel... ce qui n'est pas envisageable là tout se suite, maintenant...

La question de Timuche reste donc pertinente et sans réponse : Mettons dans le triangle conventionnel de l'enseignement Enseignant<>Savoir<>Apprenant, qu'apporte l'Énaction ??

Comment intégrer l'Enaction à petites doses dans le système afin de le faire évoluer de l'intérieur ?
florence meichel Commentaire par florence meichel le 26 Mai 2009 à 19 21
Merci Timuche pour cette lecture attentive... tu as raison de redonner le lien vers ce texte de référence...l'ensemble des concepts clefs y sont regroupés avec habileté ! :-)

Je n'ai pas lu le livre "Enaction, apprendre et enseigner en situation"...je peux donc difficilement apporter un commentaire sur ces trois catégories d'intelligence :-)

Par contre, j'ai lu et relu Varela ! :-) ça tombe bien ! :-)

Je dirais que l'énaction est avant tout une approche de la cognition qui rentrent effectivement dans l'approche auto-organisationnelle que tu mentionnes ! Je dirais que l'enaction en est la déclinaison sur le plan cognitif !

C'est une alternative au computationnnalisme et au connexionisme dans la mesure ou ces deux approches ne prennent pas en compte l'expérience humaine comme processus cognitif et qu'elles s'appuient toutes les deux sur des fondements de type représentatifs : elles se fondent l'une et l'autre sur l'idée de dimensions prédonnées qui pré-existent au processus cognitif !

- Pour un cognitiviste ou computanionniste, la cognition est la manipulation de symbole à partir de règles prédonnées...c'est sur ce principe que fonctionne les ordinateurs (encore que ce soit en train de changer ! ) : ici symboles et règles sont prédonnés !
Exp : l'ordinateur manipule la couleur rouge et blanc pour former un carré...symbole rouge et règle du carré sont déterminés !

- Pour un connexioniste, la cognition est l'émergence d'états globaux dans un réseau de composants simples...ici les composants simples restent prédonnés !
Exp : on met sur la table différentes carrés de mosaîques colorées et des personnes créent ensemble une oeuvre collective qui n'a pas été décidée avant de commencer...cette expérience est celle du générateur poïétique dont j'ai déjà parlé

Pour un enactiviste au contraire : rien n'est prédonné ...la cognition est l'action productrice...celle qui au travers de l'historique du couplage acteurs/monde (expérience) fait émerger leurs co-constructions permanentes et réciproques.
Exp : La couleur rouge est une convention collective qui a émergé au fur et à mesure du temps au travers d'interactions multiples autour de la perception d'une onde...cette représentation n'est pas un donné mais un construit...que l'on peut donc déconstruire et reconstruire de façon créative via l'action et le couplage au monde !

Et je dirais que c'est ce parti pris énactiviste de "non fondement" qui fait toute la différence avec les deux autres approches et qui induit une forme de relativisme absolu et porteur d'une infinité de possibles...il n'y a rien qui puisse être considéré comme une vérité absolue puisque tout est résultante d'une co-construction en actes et d'un couplage au monde et aux autres...et peux donc être déconstruite de la même manière !

Je dirais que par rapport aux deux autres approches, l'énaction offre un élargissement qui n'a pas vocation à s'opposer aux deux premières mais à les accueillir !

Le rapport au savoir pour l'apprenant s'en trouve bouleversé...et c'est cela que l'enseignant est amené à accompagner : il s'agit moins d'apprendre quelque chose puisque toute chose reste relative que d'apprendre à apprendre autour de cette relativité...apprendre à apprendre pour être en mesure de construire ces propres repères en actes !

Et la nature immersive et culturelle des nouvelles technologies nous projettent dans ce paradigme avec force : l'action devient la clef cognitive pour opérer dans notre univers numérique...en actes, nous apprenons à nous fabriquer nos propres repères pour nous y mouvoir...et ce faisant nous apprenons à apprendre et sommes capables de transférer ces formes d'apprentissages dans d'autres contextes...en actes, nous apprenons à nous émanciper...à nous individuer !

Et avec l'évolution du web sémantique et l'architecture décentralisée type P2P, il est vraisemblable que ce processus va s'accélérer : design du web et processus d'apprenance trouveront des points de cohérence qu'ils n'avaient pas forcément totalement jusqu'à présent !
Timuche Commentaire par Timuche le 26 Mai 2009 à 15 55
Je suis perplexe...
Je te fais confiance, Florence. Je sais que tu partages mon intérêt pour Edagr Morin et aussi l'apprentissage soutenable.
Aussi, avec l'Énaction, je suis porté à croire que tu as trouvé là un concept éclairant et signifiant.
J'ai acheté il y a un temps le livre de Masciotra, Roth et Morel, Enaction, apprendre et enseigner en situation. Et j'ai été déçu. Entre autre j'ai du mal à concevoir la légitimité des trois intelligences dont il est question dans ce livre, à savoir intelligences dispositionnelle (par exemple, maitrise de soi), positionnelle (maitrise des situations) et gestuelle (dextérité).
En cherchant sur Apprendre2.0, j'ai trouvé un post de Christian Jacomino faisant, sur ton conseil, référence à Paul-Victor Duquaire et à son Introduction à la pensée de Francisco J. Varela. J'ai donc cherché cette Introduction (pdf).

Je suis en premier lieu étonné des associations Cognitivisme•Computationnisme et Connexionisme•Émergentisme. Je n'avais jamais vu les choses aussi... dessinées.
Au passage, je suis amusé par une autre association, Cartésianisme•Introspectionisme... ^^

Malgré cette introduction, je peine à comprendre ce que recouvre le concept d'Énaction.
Sans doute par habitude binaire, j'avais opposé Réflexion (méditation) et Action, et j'avais positionné l'Énaction comme un processus médian. Ce n'est pas ça ?

En outre, en quoi l'Énaction et l'Autopoiesis exprime quelques chose de plus que l'approche par les systèmes (ouverts, dynamiques, adaptifs et co-évolutifs).
Le Couplage dont parle Duquaire est une propriété de base de l'organisation des systèmes.
Et la Fluance qu'il évoque me semble être l'immédiate résultante du caractère dynamique des systèmes.
(en passant, je me demande s'il est opportun de forger le mot Dynamie ou Dynamicité...)

Mettons dans le triangle conventionnel de l'enseignement Enseignant<>Savoir<>Apprenant, qu'apporte l'Énaction ??

Licence Creative Commons

Creative Commons License

Les textes publiés sur ce réseau sont mis à disposition sous un contrat Creative Commons. Vous pouvez donc les diffuser, les intégrer dans vos contenus et même les modifier ... mais n'oubliez pas de citer : source : apprendre2point0.ning.com


Votre avis nous intéresse ! Exprimez votre avis et faites progresser le réseau Apprendre2.0 !

Ce réseau est co-administré par :
- Florence Meichel
- Olivier Carbone
- Sylvain Bérubé
Notre conseiller scientifique :
- Olivier Auber

D'où venez vous ?!



Locations of visitors to this page

© 2009   Créé par florence meichel

Insignes  |  Signaler un problème  |  Confidentialité  |  Conditions d'utilisation

Ouvrir une session pour clavarder