Apprendre 2.0

Co-apprendre à apprendre durablement !

Thomas Laigle

Que feriez-vous avec 16 millions d'euros pour développer les Tice en Afrique ?

C'est la question que je me pose, et que je souhaitais poser aux membres d'apprendre 2.0 (et aux autres!), après avoir découvert le projet Education numérique pour tous, doté d'un budget de 16 millions d'euros, et qui repose pour l'instant sur quelques grandes lignes :
- une distribution massive de tableaux numériques interactifs dans les écoles et lieux de formation informelles africaines,
- la numérisation de contenus pédagogiques français, (probablement) open-source afin de permettre leur adaptation aux contextes africains, et leur distribution avec les TBI
- la création d'une base de données de cours de formation professionnelle, destinés au continent africain francophone,
- un programme de formation des maîtres en autonomie, à partir des ressources associées au tableau numérique interactif.


Il est à noter que le Réseau éducation numérique pour tous en Afrique (REPTA) est également associé au projet.

Ce projet vous semble-t-il pertinent, adapté ? Verriez-vous des améliorations à y apporter, des points à développer davantage?...
ou au contraire, vous-semble-t-il prendre le problème par le mauvais bout, et partir sur de mauvaises bases. Dans ce cas, qu'aimeriez-vous proposer ou pouvoir faire en Afrique avec une telle somme ?

Voila, vos avis sont les bienvenus, notamment si vous avez déjà une expérience de la formation en Afrique...

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Réponses à cette Discussion

Disons que partir du principe qu'il y a un outil et qu'on doit trouver des usages pour le vendre et le déployer, ca me parait effectivement être une démarche non pertinente...mais j'ai comme dans l'idée que c'était aussi ton sentiment !

Le programme d'autonomie me fait aussi doucement sourire...la programmation est l'antithèse de l'autonomie ! :-) ce qui confirme bien que l'on se situe ici dans une opération marketing...pas dans un projet pédagogique !

Je connais un formateur qui accompagne des projets de sante publique avec la population locale...l'idée est de leur permettre aux acteurs locaux d'identifier les sites a risques, de les localiser, de définir des solutions a mettre en œuvre et d'en assurer le suivi sur le long terme...les nouvelles technologies sont utilisées pour accompagner le projet essentiellement sur le plan du suivi de la coopération et de la sensibilisation des populations...au fur et a mesure du projet, les acteurs apprennent a s'organiser pour résoudre LEUR problème...ils acquièrent de l'autonomie par une pratique qui a du sens pour eux et qui leur est utile...de temps en temps ils demandent un peu d'aide...mais la demande reste leur démarche !

Les enfants auraient a gagner a être associes a ce type de d'organisation apprenante concrète avec une implication dans la résolution de problèmes locaux réels...ici les tic trouvent leur pertinence et leur place...et il y a a apprendre a différents niveaux : je fais, j'apprends a faire. j'apprends de ce que je fais, j'apprends a apprendre !

Et l'éducation prend tout son sens...on apprend pour vivre de façon soutenable...par pour nourrir le marketing et la croissance des pays dits développés !

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il pourrait y avoir aussi de jolis projets d'organisations apprenantes a mener autour de l'appropriation territoriale liée a la découverte et l'inventaire du patrimoine culturel...la encore les enfants doivent pouvoir être directement impliques...contacter Olivier Auber sur ce point précis

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Un exemple d'appropriation territoriale en Afrique PAR les africains : http://mapkibera.org/

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J'ai assisté à une conférence, la semaine passée, de Kaçandre Bourdelais qui venait de vivre l'implantation de plusieurs ordinateurs XO en Afrique. J'ai aimé son approche : "Qui suis-je pour montrer comment gérer une classe de 100 élèves avec un XO?" Pour avoir bourlingué pas mal en Afrique et vu plusieurs types d'intervention, j'ai été impressionnée par ce jeune consultant international. Il a utilisé une approche de gestion de changement intégrant les différentes parties prenantes (Ministère, conseillers, éducateurs, etc.); ce qui a permis d'établir le plan de match de l'implantation, un plan de match à saveur très locale.

Si je parle de cet exemple, c'est que je m'inquiète toujours de ces grands projets d'éducation numérique. On met souvent beaucoup l'accent sur les outils et la structure, parfois un peu sur le contenu, mais très peu sur les personnes qui font partie pourtant du système! Beaucoup de projets de e-learning, bien entendu projet du nord visant le sud, qui n'ont pas levé parce que les gens du sud n'étaient pas au centre des développements et des implantations. Heureusement, les stratégies changent et on a des Kaçandre qui voient les choses autrement. De plus, on voit de plus en plus d'africains se lever et parler de leurs besoins en technologie éducative.

J'espère que ce projet d'éducation numérique pour tous aura une approche de gestion de changement intégrée et qu'il investira autant d'énergie auprès des personnes que des technologies...

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Merci pour vos réponses... Effectivement, il est toujours difficile d'articuler une volonté politique institutionnelle aux contraintes et aux besoins locaux ; ces deux échelles d'action ont souvent du mal à se rencontrer.

Peut-être que cette articulation passe par des ONG comme OLPC, qui possèdent à la fois une structure internationale propre à collaborer avec des projets à grande échelle, et une implantation sur le terrain suffisante pour faire remonter les besoins et identifier les individus susceptibles de s'impliquer, de porter le projet localement, et d'animer ces communautés apprenantes...

D'autres personnes du réseau ont-elles une expérience en la matière à partager ?

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A mon avis, le déploiement de ressources informatiques doit essentiellement cibler les professeurs. Si ils se sentent surs de l'instrument ou des outils à utiliser, il y a de l'espoir. Sinon, le changement sera trop lent ou pas assez profond.

Il faut donc former les profs, et pas seulement ceux en exercice, mais plutôt ceux qui sont encore en formation. Si les nouveaux profs apprennent, les 'vieux' pourront apprendre de ceux-ci. Les profs sont à même d'exiger à leurs systèmes éducatif respectifs plus de ressources informatiques et appuyer ces demandes sur l'usage effectif de ces outils.

Tant qu'on ne change pas les profs, pas d'évolution dans le système éducatif!

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Merci Vahid, vous pencheriez donc plus vers des initiatives autour du tableau numérique à destination des enseignants que vers la distribution d'ordinateurs aux enfants (OLPC).

Votre réflexion sur la priorité à accorder à la formation initial est intéressante également, dans la mesure où il est souvent difficile de changer les pratiques d'enseignants déjà en exercice depuis de longues années...

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Personnellement, je trouve les tableaux numériques plutôt limités, et je pense qu'il est plus "naturel" que chaque participant ait un ordinateur. C'est pour cela que je vais plutôt dans le sens du projet OLPC. Dans mon commentaire précédent, je pensais en fait à assurer que chaque professeur soit pleinement conscient de ce que la technologie peut lui offrir dans ses activités éducatives, ce qui implique une connaissance intime des outils, avec un laptop personnel comme premier repère. Le tableau numérique me semble plutôt un accessoire face à l'impact du au contact étroit avec un laptop.

Le tableau numérique permet de faire pas mal de choses, et un usager bien entrainé pourra effectivement en tirer pas mal de bonnes choses. Cependant, l'impact des Technologies de l'Information et la Communication ne se fera vraiment sentir que lorsque chaque élève deviendra un 'digital native', chose qu'il m'est difficile d'imaginer si l'interaction avec lesdites technologies se limite au tableau numérique. Il se pourrait, en revanche, que ce soit un bon premier pas dans le sens de 'mettre dans le bain' les élèves, tout spécialement dans les premières années du primaire.

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De ma part, en tant qu'Africaine qui a déjà travaillé sur un projet d'implantation d'innovation Techno-Pédagogique, que l’intégration des TICE n'A pas le même Sens dans les pays du Nord et ceux du Sud ( à lire cet article).

Je pense que développer les TICE en Afrique suppose l’expression d’une stratégie explicite, consensuelle et concertée : définie avec les acteurs eux-mêmes et répondant à leurs besoins spécifiques.

Par ailleurs, il s’agit souvent d’un processus très long et très lourd nécessitant un transfert de savoir-faire en matière de l’utilisation pédagogique des TIC.
Les raisons de la non-utilisation des TIC dans le cadre de l’enseignement et l’apprentissage me semblent multiples et je me demande : Sont-ils liés à la technologie ? Celle-ci, au bout du compte, s'apprivoise et se détourne à des fins didactiques. Sont-ils liés aux acteurs au sein des institutions ? Abandonner ses privilèges pour embrasser le changement demande assurément la coordination des efforts de tous plutôt que la centralisation et l'uniformisation. Sont-ils liés à la lourdeur des appareils éducatifs ? Même si les équipements sont à disposition, la mise en place de mesures d'accompagnement au changement ne suit pas. Sont-ils liés aux relations humaines ? Il est évident que tout changement bouscule ces relations à tous les niveaux de responsabilité des institutions et la notion d’intégration et de contrôle gagne à évoluer vers un soutien, un accompagnement mutuel et un transfert pour l'accomplissement d'un projet commun.

A cet effet, je pense que l'étape préliminaire et primordiale est celle de l’étude des besoins réels en impliquant le publique cible, et la définition des finalités et des enjeux de l'intégration des TICE (qui devraient être à mon sens considérer Non comme un objectif en soi mais un des moyens à mettre en oeuvre pour promouvoir la qualité de la formation et l'innovation pédagogique, en vue d’augmenter l’autonomie des usagers et la mise en place des dispositifs de qualité : plus accessibles, plus efficaces et plus performants). Les TICE doivent servir de levier de redéfinition des pratiques pédagogiques centrées sur les apprenants qu’à leurs tours doivent être partie prenante de ce changement. Je suis convaincue que le succès des projets d’introduction des TICE n’est plus fonction de la puissance des technologies, mais plutôt de la capacité des usagers (enseignants/apprenants/établissements) à exploiter leur potentiel afin de changer, d’améliorer la qualité et l’efficience des processus d’enseignement et d’apprentissage.

Il me parait pertinent d’enchaîner par des actions de dissémination, de sensibilisation et d’information des usagers aux potentiels d’usage des TIC dans l’enseignement et l’apprentissage en focalisant sur les avantages qu’ils pourraient tirer de leurs usages dans les pratiques pédagogiques. Il me semble que cette étape est cruciale pour amorcer des changements envers les technologies dans le domaine de l’enseignement et de l’apprentissage, hausser le niveau de connaissance et de culture technopédagogique du publique cible. Assurément, il s’agit d’informer, motiver et de convaincre à consentir des sacrifices, impliquer tout en permettant d’apprendre et d’améliorer les démarches de travail de tous les jours.

La valorisation des ressources humaines TICE par une politique de formation prévisionnelle et l’organisation de réseaux de compétences doit faire l’objet d’un volet spécifique pour atteindre les objectifs d’un projet d’intégration des TICE en Afrique ou ailleurs.

L’amorce d’un processus d’essaimage au près des plus jeunes est indispensable. Les apprenants doivent être impliqués, sensibilisés, informés et formés sur les usages des TICE qui sont un moyen pour amplifier leurs compétences d’exercer pleinement leurs rôles d’apprenants dans la société d’information en favorisant ainsi la maîtrise des savoirs, savoir-faire et savoir-être nécessaires pour faire des TIC un des outils de la réussite de leurs études et un atout pour leur entrée dans la vie active.

L’étape de renforcement de l’infrastructure technologique en Afrique est un volet essentiel qui nécessite beaucoup d’investissement en rationalisant le rapport service fourni/coût et en accordant une grande importance à la mise en oeuvre des systèmes répondants aux principes d’accessibilité, d’efficacité, d’évolutivité, d’interopérabilité, et de pérennité des choix techniques.

De ma part, je trouve que nous sommes bien loin du principe de « l'égalité des chances » et je déplore le paradoxe des sociétés technologiques, car il est facile d'observer à la fois que les technologies progressent dans l'aide qu'elles fournissent aux êtres humains en même temps qu'elles accroissent les écarts entre ceux qui savent l'utiliser et ceux qui ne peuvent pas y accéder faute des moyens économiques, cognitifs, éducatifs, sociaux...

Bizarre évolution que de constater une amélioration des performances pour les uns et une baisse, voir une exclusion pour les autres " E-exclusion"!!!!

Pour finir, je pense que la création d’un réseau d'usagers TICE contribuera certainement à promouvoir la collaboration et la coopération et le support mutuel. Non seulement un tel réseau offrira des possibilités concrètes d'entraide et mutualisation, mais il sera certainement un élément de motivation et de valorisation non négligeables pour les usagers qui auront ainsi l'occasion de livrer leurs propres témoignages en cours de processus d'innovation en intégrant les TICE et d’échanger leurs trouvailles, problèmes, expériences,… tout en assurant une veille Techno-Pédagogique.

Si les choses avancent, il reste encore du chemin à parcourir : "Un autre frein reste la mauvaise organisation au sein des universités de la gestion des ressources numériques, l'absence de vraie vision du numérique".

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Merci pour votre réponse Jihane... c'est à vous qu'il faudrait confier ces 16 millions d'euros ;-)
Votre approche met en perspective les nombreuses dimensions qu'implique la mise en place d'un projet Tice : analyse des besoins, formation des usagers, accompagnement du changement, prise en compte des enjeux de pouvoir au sein des institutions, développement technologique... Votre message donne matière à réflexion !

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Merci pour votre Confiance :)

Cependant, l’existence des moyens financiers est une condition sine qua non à la pérennité d'un projet d'intégration des TICE. Or si un projet est monté sur des sources de financement exogènes, dépendantes du projet initial (tq ce projet) sans perspective d’autofinancement à terme, n’offre pas de garantie de pérennité au-delà de l'horizon de financement initial. L’inscription d’un financement de fonctionnement du projet d'intégration des TICE dans le budget de chaque institution parait ainsi indispensable et permettra de pérenniser l’innovation et l'intégration des TICE.

Assurément, il est vrai aussi que les TIC appliquées à l'enseignement/formation sont dans une mouvance vertigineuse qui rend parfois leur choix difficile. Dans ce domaine hautement concurrentiel et face à l’abondance des outils et des produits, il ne faut pas perdre de vue que l’ingéniosité est avant tout pédagogique et que l'essentiel est : le pratique, l'utile, le simple, le flexible, le moins onéreux, et ce qui développe la capacité à collaborer, coopérer et communiquer.

L’enjeu est de taille et les objectifs du recours aux activités intégrant les TICE sont aussi intéressants qu’on ne peut pas se laisser décourager par les problèmes divers. Je suis convaincue qu'il ne suffit pas de lancer une innovation, il faut la nourrir pour qu'elle puisse évoluer, s'améliorer, s'adapter aux exigences de chacun, se renouveler. En un mot, il faut soutenir et préserver le dynamisme :).

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Je suis bien d'accord sur les limitations des financements exogènes. Cependant, dans tous les pays, il faut que le système éducatif (qui dépend d'habitude du ministère de l'éducation) fasse le choix de prendre en charge et d'intégrer les TICs à son modus operandi (au niveau micro essentiellement, mais également au niveau macro).

Pour cela, il faut réussir de créer une réelle et profonde demande/exigence de la part des enseignants au sujet de l'usage des ces TICs. Dans la mesure ou la demande existe, et se maintient dans le temps, le système devra s'adapter. La volonté d'un seul ministre, ou d'un seul gouvernement ne suffit pas. Il faut bel et bien créer une demande qui se maintienne dans le temps.

Pour commencer à attiser ce feu, je ne vois pas d'autres solutions que les financements exogènes, étant donné que peu de ministres voudront s'exposer aux risques inhérents de ces projets.

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