Apprendre 2.0

Co-apprendre à apprendre durablement !

Dans cet article, Olivier Ertzscheid évoque la décision de certains enseignants et universités américaines qui ont purement et simplement décidé de bloquer l'accès de wikipedia à leurs étudiants !

Motifs invoqués :
- l’encyclopédie n’est pas assez « exacte », et ne fait pas « autorité ».
- les élèves l’utilisent comme source primaire.
- Wikipédia est trop facilement accessible (et recopiable).

Olivier répond point par point et fait ressortir Wikipedia comme un projet encyclopédique d'usages et lui confère une dimension de "bien commun de l'humanité" !

Il met par ailleurs en valeur l'importance de l'accompagnement des enseignants autour de cette ressource pour que chacun soit en mesure de prendre le recul nécessaire dans un processus d'appropriation pertinent ! Cette approche résonne avec ce texte qui situe bien l'enjeu de ce positionnement pour l'education 2.0 !

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Réponses à cette Discussion

Si on me demande de choisir entre un article écrit par un auteur reconnu et un article de Wikipédia pour appuyer un argument, je choisirai probablement Wikipédia parce qu'il représente la connaissance de plusieurs personnes et risque d'avantage de ne pas être biaisé.

Ceci dit, qui sont ces enseignants pour affirmer que Wikipédia n'est pas assez exacte? Sur quoi se basent-ils? Si 100 personnes contribuant à un article pensent autrement que l'enseignant en question, se pourrait-il que ce soit cet enseignant qui soit "inexact"?

Je comprend toutefois que des enseignants soient concernés par le plagiat lorsque les étudiants copient littéralement le texte obtenu de Wikipédia, mais cela peut se faire à partir de tout autre site et, avec un peu plus d'efforts, de n'importe quelle encyclopédie ou publication. Je crois que ces enseignants devraient plutôt sensibiliser les étudiants aux bonnes pratiques de recherche et de rédaction.

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J'ai réagi sur l'université de Google sur mon blog.
Je reproduis le début de mon texte :
Un mini buzz s’est produit dans la sphère des professionnels de l’information et en particulier ceux de de l’information literacy après les propos de Tara Brabazon de l’université de Brighton qui trouve les étudiants de plus en plus feignants car ils se cantonnent dans l’usage du duo Google et Wikipédia. Elle emploie donc le terme d’université de Google “university of Google” qui est également le terme de son dernier ouvrage. Ses propos tenus durant une lecture présentation de ses dernières recherches ont provoqué pas mal d’écho et notamment pas mal d’avis divergents.
Elle s’inscrit dans la lignée d’Andrew Keen qui avait employé l’expression “culte de l’amateur” mais qui avait confié à Francis Pisani qu’il n’avait pas une vision aussi figée. Pour ma part, je pense que le plus gênant, c’est le fort développement de la culture du pitre. Il en serait également de même pour Tara qui cherche surtout à enseigner l’information literacy et notamment le travail sur les sources. Il faudrait voir dans ces propos plutôt une stratégie pédagogique même s’il est certain qu’il y a également une stratégie commerciale évidente notamment au niveau de la vente de son ouvrage.
Ce qui a mis le feu aux poudres c’est les propos suivants rapportés par le journal “the argus”:
“I ban my students from using Google, Wikipedia and other websites like
that. I give them a reading list to work from and expect them to cite a
good number of them in any work they produce.”

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Je termine actuellement ma thèse et la question s'est justement posée à un moment donné : peut-on citer Wikipédia dans un travail de recherche de ce type ? La réponse a été au départ (il y a un an) "non", mais les propos de Jimmy Wales décembre vont peut-être changer la donne :)

Voir la dépêche AFP ici : http://afp.google.com/article/ALeqM5j0vqWJu41q1kw2frsevgSxoPEM5Q

Voici la remarque que j'avais faite lors de la diffusion de la dépêche (http://www.savoirsenreseau.com/2007/12/12/wikipedia-de-plus-en-plus...) :

"Les articles de Wikipédia donnent un aperçu, donnent une synthèse d’un sujet et c’est bien pratique. Libre à nous de faire des recherches complémentaires pour approfondir certains points. Je tiens toutefois à préciser que certaines sections de l’encyclopédie sont très spécialisées, techniques et vraiment rédigées par des experts et des passionnées et on y trouve souvent des informations très riches. Je pense par exemple à Ferrovipedia."

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Certains enseignants en formation (en cours de carrière) voient leurs cheveux se dresser sur la tête quand ils m'entendent annoncer que l'an prochain (2008-09), parmi les sujets programmés de formation, se trouve "L'usage pédagogique de Wikipédia - proposition faite dans la rubrique Education aux Médias de leur catalogue de formation).

Quand le débat démarre, certains qui ne s'en offusquent pas pensent un peu naïvement que le programme est conçu pour équiper les enseignants afin d'avoir les arguments dissuasifs suffisants quant à l'usage de Wikipédia à l'école.

Ils s'étonnent alors parfois de la double piste évoquée pour ce programme :
- Apprendre à consulter de façon critique le contenu collaboratif (par une connaissance approfondie de la structure organisationnelle et des processus de contribution)
- Mise en oeuvre de projets collaboratifs au sein de la classe, par la contribution rédactionnelle d'articles dans l'encyclopédie.


Parmi les réactions les plus acerbes contre cette vision socio-constructiviste des savoirs, une jeune enseignante en histoire qui s'offusquait d'avoir du passer quatre années d'université pour être invitée à citer en classe ce ramassis d'aberrations en lieu et place des "bons manuels scolaires".

Elle n'avait sans doute jamais entendu dire que, dans les manuels, l'histoire est toujours celle des vainqueurs et qu'une lecture plus croisée des sources d'information amène à se poser un certain nombre de nouvelles questions. (Ceci sans dire donc, qu'il faut prendre le contenu de Wikipédia pour argent comptant... bien évidemment !)

Quel que soit l'avis de J. Wales sur l'évolution (2005-2007) de son projet, je constate que l'encyclopédie n'est pas homogène en qualité, que certains articles ne sont que des ébauches et que d'autres méritent le statut d'articles de qualité. Ils constituent de toute façon, d'excellents lieu d'immersion thématique pour identifier les mots clés (en début de recherche en ligne). Et de toute façon, méthodologiquement, aucun article si bon soit-il, ne me dispense d'un recoupement de sources.

Enfin, aucun point de vue sur le monde ne sera jamais entier et définitif... la réalité est en mouvement et sa description toujours à reformuler. Quand bien même une formulation aurait-elle atteint un seuil très fin d'expression, elle l'aurait atteint pour une période donnée, pour un public donné. Et cela, c'est toujours à recommencer, à peaufiner.

Wikipédia, un beau terrain collaboratif en perspective, selon moi.

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Quand j'en ai eu fini avec ma thèse sur la méthodologie des ateliers de lecture, en 2006, je suis allé sur Wikipédia, et je n'ai pas été surpris de constater que l'article consacré à la lecture qui s'y trouvait proposé privilégiait tellement la lecture visuelle, solitaire et silencieuse qu'à le lire, il semblait bien en effet qu'il n'en eût jamais existé d'autre...
Je me suis dit: Tiens, je vais tenter le coup... (surtout que dans le Wikipedia anglo-américain la présentation était beaucoup plus équilibrée)...
J'ai donc bricolé là-dedans, en prenant des pincettes, en pesant chacun de mes mots, mais sans faire aucune concession. J'étais sûr que trois jours après, ma trace serait effacée. Eh bien, je suis très fier de pouvoir vous dire que mon apport a été préservé, qu'il modifie profondément l'approche dans un sens qui me paraît plus authentique.
Vous pouvez repérer mon apport à ces quelques mots:
La lecture demeure une activité collective dans les milieux bourgeois jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Parmi les ouvriers, le roman-feuilleton continue d’être lu à voix haute jusqu’au lendemain de la Première guerre mondiale. En Europe, la lecture orale, parfois chantée ou psalmodiée occupe une place centrale aujourd’hui encore dans les cérémonies des religions juive, chrétienne et musulmane. La suite ICI.
Cela peut vous paraître dérisoire... mais c'est que vous ne savez pas à quelle résistance, à quel obstiné refus, cette idée de lecture collective se heurte encore de la part de beaucoup de professeurs de lettres, dans beaucoup d'Iufm...
Les articles de wikipédia sont rédigés, puis corrigés par la fameuse 'main invisible' d'Adam Smith, ou par un principe de sélection naturelle (et aveugle) qui paraît inspiré de Darwin. Quant à moi, je n'y trouve que des avantages...

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«une jeune enseignante en histoire qui s'offusquait d'avoir du passer quatre années d'université pour être invitée à citer en classe ce ramassis d'aberrations en lieu et place des "bons manuels scolaires".

Elle n'avait sans doute jamais entendu dire que, dans les manuels, l'histoire est toujours celle des vainqueurs et qu'une lecture plus croisée des sources d'information amène à se poser un certain nombre de nouvelles questions.»


C'est exactement en ce sens que j'écrivais ceci et cela il y a quelques jours : la sacralisation des «bons manuels» finit par nuire à l'esprit critique et favoriser la paresse intellectuelle que dénonce ci-dessous Gaël...

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Il me semble que la réflexion de cette jeune enseignante est typique d'un enseignant en formation (je n'ose même pas penser "d'un enseignant tout court !). Beaucoup de jeunes enseignants cherchent le manuel miracle qui leur permettra de résoudre quasiment tous leurs problèmes. En France, on a parfois beaucoup de mal à convaincre certains stagiaires qui ont commencé l'enseignement en utilisant un manuel tout-en-un pour le Français que ce n'est pas ainsi qu'on enseigne la langue; car pour eux "ça marche très bien", et en un sens c'est vrai : les élèves sont occupés, ils travaillent, on corrige, on a vu tout le programme ! Et beaucoup d'enseignants pratiquent ainsi, surtout en math où les fichiers ont des conséquences désastreuses sur l'enseignement des mahématiques. L'identification entre enseignement et enseignement par le manuel bon ou pas, c'est catastrophique. On pourrait facilement lui répondre qu'on ne l'a pas formée pour utiliser un manuel ou Wikipedia, mais pour enseigner en se servant d'outils et en formant ses élèves à les utiliser en leur faisant prendre conscience des défauts et des qualités de chacun !

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Actuellement, au Québec, avec l'implantation de la Réforme devenue Renouveau pédagogique (...), les éditeurs qui ont reçu l'imprimatur (en fait, une sorte d'approbation sans véritable examen des ouvrages) du (sacro-saint) ministère de l'Éducation (des loisirs et du sport, - chasse et pêche tant qu'à y être ;-)), ces éditeurs donc, courtisent les profs qui testent ces fameux manuels en espérant choisir le meilleur... Je me suis rapidement rendu compte que, dans les faits, on est porté à choisir le moins pire... car du meilleur n'existe pas vraiment. Comme vous dites, ce n'est pas la façon de faire : suivre bêêêêtement un manuel tout-en-un.

Bref, ces importants budgets pourraient être utilisés à meilleur escient, mais alors le lobby des maisons d'édition va ressurgir, etc. Cercle vicieux ? Je ne sais pas, mais il y a quelque chose à faire là, mais ça ne se fera pas vraiment, sauf peut-être quelques petites exceptions cà et là.

(Voir aussi ce que mon collègue François en dit : plusieurs références ici)

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Bonjour Sylvain,
La question des bibliothèques publiques et de leurs sections jeunesse me paraît peut-être plus criante encore...
Des sommes considérables sont investies par les communes, sur incitations ministérielles, particulièrement dans les quartiers les plus défavorisés... Les jeunes s'y rendent mais pour s'installer de préférence devant les ordinateurs... Les responsables de ces lieux s'alarment de les voir préférer les jeux à leurs si précieux livres... Du coup, il arrive souvent qu'ils leur interdisent l'accès aux PC, sur lesquels il serait assez facile pourtant de leur proposer des 'jeux sérieux'... Et les adolescents quittent le lieu...
Combien d'années faudra-t-il pour admettre que les activités de lecture ne sont plus celles seulement - ni plus celles d'abord - qui se pratiquent dans les livres?...

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Wikipédia est un outil !

J'ai déjà eu l'occasion de dire que :
* la qualité d'un outil dépendait du contexte à un moment donné ;
* l'efficacité d'un outil nécessitait un apprentissage, un investissement personnel de la part de l'utilisateur.

Il nous incombe, à nous acteurs du monde de l'éducation, de veiller à ce que chacun soit sensibilisé :
* aux moyens et aux techniques qui permettent d'évaluer la qualité/fiabilité d'une publication, le fameux QQOQCP et sans doute bien d'autres ;
* aux conditions d'utilisation d'une source d'information quelqu'elle soit, dans le respect du droit d'auteurs ;
* à la nécessité de forger sa propre opinion en analysant, puis en synthétisant diverses sources d'information collationnées ;
* au plaisir de produire de nouvelles idées, fort des expériences acquises.

Si l'on ramène Wikipédia à ces principes, alors, cette encyclopédie collaborative n'est ni plus ni moins nocive que n'importe quel autre site Internet.

Or le danger relève davantage d'une paresse intellectuelle qui incite les uns et les autres à se contenter d'un seul son de cloche, à adopter la solution de facilité.

La vraie question qui subsiste est celle-ci selon moi : comment donner envie aux lecteurs passifs de participer à l'enrichissement du Web ?
Publier sur Internet, accepter de soumettre ses productions aux autres n'est-il pas le plus sur moyen de forger son opinion, de prendre conscience de la diversité du monde ?

Si, par le biais de cet outil de publication collaborative, on peut favoriser le développement de l'esprit critique nécessaire à la construction d'un corpus de connaissances, de savoir-faire alors vive Wikipédia, vive Google !

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Je suis d'accord avec toi, Gaël, pour considérer que la vraie question est celle de savoir "comment donner envie aux lecteurs passifs de participer à l'enrichissement du Web?". Mais si les nouvelles technologies ont tellement de mal à s'imposer dans les écoles, c'est précisément parce que tous les professeurs ne veulent pas collaborer à la fabrication des objets de savoir.
Or, ce refus doit être pris très au sérieux, me semble-t-il.
Les partisans des TICE que nous sommes font comme si tout le monde souhaitait nécessairement disposer d'un maximum d'outils ouverts (en open source...) pour bricoler soi-même son propre matériel d'enseignement. C'est méconnaitre qu'il existe dans le métier de prof. au moins deux aspects très différents:
1/ les activités de préparation des cours, d'élaboration des outils et des scénarios, tout ce que l'on peut qualifier d'ingénierie, et qui se fait plutôt hors de la présence des élèves (même si l'on a besoin d'eux pour tester);
2/ les activités d'enseignement à proprement parler, qui se conduisent en présence des élèves.

Nous devons remarquer que, dans l'histoire de la pédagogie, les objets d'apprentissage sur lesquels les profs. ont construit leurs pratiques, ces objets ont été peu nombreux et chacun a eu une durée de vie très longue. Pensons par exemple à l'ardoise, dont l'utilisation est sans doute aussi ancienne que l'écriture elle-même, et songeons à l'invention tellement tardive et tellement intéressante du procédé La Martinière.

Les nouvelles technologies bouleversent la distribution des objets d'apprentissage. Elles les multiplient. Mais cette prolifération est-elle nécessairement un bien? Sans doute faut-il attendre que les choses se décantent, que ces nouvelles technologies proposent aux enseignants des objets d'apprentissage clairement identifiés, dont ils s'empareront pour leur usage, sans songer à collaborer à leur élaboration.

Nous voyons tellement de nos collègues souffrir dans leurs contacts avec les enfants. Ne pouvons-nous pas souhaiter que les TICE les déchargent de tout souci d'ingénierie pour qu'ils puissent consacrer toute leur énergie, toute leur attention, toute leur bienveillance aux rapports personnels qu'ils vont nouer avec les apprenants?

Ce n'est jamais ainsi que les partisans des TICE parlent de la chose, pour la raison qu'ils sont eux-même des ingénieurs. Mais peut-être faut-il s'y résoudre...

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Encore une discussion bien intéressante !

Wikipédia est en effet très critiqué. Par des utilisateurs, par des fondateurs et même par ceux qui ne connaissent pas cette encyclopédie ! Mais la problématique dépasse le simple outil Wikipédia ... elle concerne le fait que nous ne vérifions pas forcément nos sources, nous colportons des ragots ... à croire que nous n'accordons plus d'importance à rechercher la vérité mais que le fait de réfléchir et de communiquer nous suffit ?!

Les NTIC ne sont pas responsables de ce phénomène mais on y trouve néanmoins des explications à ce phénomène. L'éducation à l'utilisation des NTIC est une nécessité dont nous nous sommes trop longtemps passé. Réagir en critiquant les outils 2.0 ne me semble pas judicieux. Il faut apprendre aux utilisateurs à utiliser le web2.0 plutôt que de l'interdire !

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