Apprendre 2.0

Co-apprendre à apprendre durablement !

Comme souvent Amine Tehami m'interpelle au travers de ce billet trouvé dans le blogue du RAEQ !

je le cite :
"La culture de l'évaluation part d'une préoccupation légitime : développer une lucidité permanente sur les fonctionnements et les effets du système éducatif, chercher des régulations. Mais dans un contexte de globalisation, de néo-libéralisme, de crise économique et d'idées courtes, on ne réussit qu’à mobiliser les enseignants et une partie des cadres contre des procédures et des indicateurs sommaires. Ils ne peuvent que combattre une obligation de résultats qui privilégie l'instruction et les apprentissages les plus facilement mesurables. Et lutter contre une mise en concurrence des écoles qui favorise les stratégies les plus cyniques et le jeu sur les apparences de réussite. Alors que le monde de l'éducation s'habituait lentement mais sûrement à l'idée de rendre compte, les formes brutales et simplistes de la culture de l'évaluation sont en train de geler cette évolution, voire de nourrir un retour vers l'idéologie du refus de tout contrôle."

Entre les extrèmes du "tout contrôle" et du "rien contrôle" il y a effectivement des équilibrages à trouver qui relèvent de l'art de la pédagogie et qui ne sont pas simples à trouver pour chacun ????

Que vous inspire ce billet ?

Repères : planication stratégique, évaluation

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A lire aussi cet article très intéressant sur les effets pervers d'une évaluation qui devient le sens et le moteur d'un système scolaire !

http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/education/7396623.stm

Source : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2008/05/16052008Accu...

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Ah l'évaluation !

L'évaluation est une pratique innée chez l'être humain : de sa capacité à évaluer une situation, un contexte, ..., dépend souvent sa survie.
De ce point de vue, l'individu ne voit aucun désagrément à évaluer tout ce qui passe à la portée de son entendement...

En revanche, si l'individu est lui-même l'objet du processus d'évaluation innée d'un autre individu ou d'un groupe d'individus, le discours change : l'individu y voit une menace !
Que se passera-t-il si les critères d'évaluation de l'autre ne sont pas les mêmes que le siens propres ?
Angoissante question !

Pourquoi ?
Selon moi, parce que nous sommes formatés par le système ambiant pour craindre l'évaluation.

Lorsque je propose à mes élèves, des activités, je m'évertue à délivrer un avis sur le travail rendu.
Concernant l'utilisation de la bureautique, j'évalue selon deux axes distincts mais complémentaires :
* l'aspect visuel du document produit en terme de pertinence de communication / mise en valeur du contenu : par exemple, faire ressortir les titres (Sauter une ligne avant et après, utiliser une mise en forme spécifique à chaque niveau de titre, ...) ;
* l'utilisation pertinente des fonctionnalités bureautiques pour y parvenir : dans le cadre de l'exemple précédent, la simple utilisation d'un style permet de tout faire avec un minimum d'effort.

Lorsque je rédige un scénario d'activité pédagogique :
1° Je décris le cheminement intellectuel qu'il est nécessaire de respecter pour produire le contenu attendu ;
2° Je rédige, pour chaque étape :
* la description de ce qui doit être fait ;
* les critères d'auto-évaluation qui permettront à l'apprenant de vérifier que ce qu'il produit est conforme aux attentes ;
* le descriptif des fonctionnalités bureautiques qu'il faut employer pour se faciliter la vie en renvoyant aux chapitres concernés de l'aide en ligne pour le "comment faire".
Je ne donne jamais de consigne de présentation !

L'évaluation est donc intégrée à la démarche, c'est l'apprenant qui prend ses responsabilités et auto-évalue sa production. Il est libre de le faire ou non, mais ne peut invoquer que les critères lui sont inconnus et étrangers.

Ensuite, lorsque je "corrige" les documents numériques produits, j'utilise la possibilité d'insérer un commentaire directement dans le texte.
Mon commentaire comporte quatre éléments :
1° Une appréciation fondée sur une échelle de valeur allant de 1 à 4 (matérialisée par des smileys) portant sur l'efficacité de la présentation eu égard à la consigne de base ("Produire un document dont on peut être fier et qui donne envie d'être lu et partagé") ;
2° Une appréciation, en lien avec la précédente, sur la/les fonctionnalités bureautiques utilisées ou qui auraient dû l'être ;
3° Un rappel de la compétence associée ;
4° Un lien sur le chapitre de l'aide en ligne concerné.

Par cette méthode, j'essaie de mettre mes apprenants en situation d'exercer leur sens inné de l'évaluation : ils sont acteurs de l'évaluation, cette dernière n'est plus extérieure, elle est donc mieux acceptée et comprise.
En intériorisant l'évaluation, mes apprenants peuvent en tirer profit !

En ce qui concerne l'aspect institutionnel de l'évaluation par le biais d'indicateurs venus "d'en haut", je n'y vois pas matière à colère.

Je me soumets tous les ans à l'évaluation de mes apprenants par le biais d'un questionnaire anonyme, qui me permet de corriger, de faire évoluer mes pratiques.
Alors pourquoi refuserais-je de comparer mes résultats sur la base d'indicateurs communs ?

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Les évaluation somatives visent à analyser si les résultats obtenus sont conformes aux résultats attendus...A l'échelle nationale et internationale, c'est l'adéquation de ces deux dimensions qui détermine le taux de réussite des établissements scolaires et qui conditionnent des comparatifs entre les établissements !

Chaque système scolaire engagé dans ce type d'appoche a donc tout intérêt a obtenir le meilleur taux de réussite : effet marketing garanti !
D'ou la tentation forte de mettre en place des planifications rigoureuses qui visent... les meilleurs taux de réussite !

Et les enfants là dedans, me direz-vous ? Ils sont "priés" d'adhérer au système et de produire des résultats conformes à ce qui est attendu !
Le système devient sa propre finalité !

Dans ces conditions, il me semble parfaitement sain de craindre l'évaluation puisqu'elle ne vise pas le développement de chacun mais la réussite d'un système !

Mais ce que tu décris de tes pratiques Gael est apparemment d'un autre ordre...Le sens de ton évaluation repose bien sur le développement de tes élèves...les élèves sont au centre des processus que tu mets en oeuvre et ce sont des processus qui s'inscrivent dans le temps de la construction !

La conclusion c'est que l'évaluation devient perverse lorsqu'on en fait un outil global de marketing et pas un outil pédagogique à visée formative pour chacun !

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Vous avez raison Jean Paul de souligner la complexité des dimensions et ses multiples points de tensions...et je crois que c'est justement ce que cherchait à mettre en exergue Amine Tehamine : la question est trop complexe pour la réduire en particulier à des ambitions liées à échéances politiques...c'est de formation tout au long de la vie dont nous parlons et il est clair que la manière dont nous apprenons aujourd'hui à interagir les uns avec les autres pour construire des connaissance et des compétences remet en question les systèmes simplistes d'évaluation a tous les niveaux (élèves, enseignants, système) : le décalage avec la complexité de ce que nous vivons est palpable et nous lui donnons de moins en moins de sens !
mais j'ai le sentiment que l'intégration des nouvelles technologies dans le domaine de la pédagogie et de la formation représente un levier de changement pour aborder ces dimensions et notamment celle de l'évaluation sous un autre angle, pour redonner sens à ce qui n'en a plus ?

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Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

De mon point de vue, il n'y a qu'une seule évaluation qui tienne, celle de la réalité : l'évalué, placé en situation (aussi) réelle (que possible), est-il capable de faire face ou non ?

Oui : Est-il capable de réussir lors d'une situation réelle similaire ?
-----------> Oui, il est donc apte à pratiquer, témoignant de son autonomie, donc du fait qu'il a bien intégrer les connaissances, les concepts et les savoir-faire requis.
-----------> Non, il n'a donc pas atteint l'autonomie requise pour rebondir d'une situation à l'autre, il lui reste à acquérir les concepts et les savoir-faire nécessaires.

NON : Il ne maîtrise pas suffisamment les connaissances et les concepts, il est donc nécessaire qu'il approfondisse le sujet !

J'ai évoqué les connaissances, les concepts, les savoir-faire, mais pour rebonbir sur l'aspect formation continue, il faut ajouter à ces notions l'expertise (notion d'heuristique) qui permettra de résoudre des situations plus complexes avec rapidité, assurance, pertinence et justesse.

Le seul critère d'évaluation que la vie reconnaisse, c'est la réussite !

En revanche, il est important de définir des critères d'auto-évaluation explicites et complexes qui permettront à l'apprenant d'identifier :
* les connaissances qu'il doit maîtriser ;
* les concepts qui associent les connaissances en un tout suffisamment cohérent (complexité) pour permettre d'appréhender une situation et de prendre les décisions requises.

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Je crois Gael que ton approche ne s'oppose pas à la complexité mais l'illustre...

La complexité renvoie à la notion de lien : au sens morinien du terme
quelque chose est complexe quand il est relié à de nombreuses autres dimensions...

Dans cet ordre d'idée, la réussite n'est pas une dimension absolue...un résultat est relié à son acteur et son contexte : il n'aura pas la même valeur en fonction de son contexte, des acteurs, des domaines de compétences

Je te rejoins complètement lorsque tu soulignes l'importance de l'auto évaluation dans le processus d'apprentissage...

Dans le même ordre d'idée, n'y a t-il pas aussi lieu d'individualiser la notion de réussite ?

D'où l'idée que toute planification de l'évaluation à grande échelle devient non pertinente puisque par essence elle s'appuye sur des critères arbitraires qui ne prennent pas en compte les singularités ?

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D'accord avec toi Florence, cependant, à moins de vivre sur une île déserte, la réussite se mesure essentiellement à l'aune de la société.
Certes, la réussite est contextuelle de son acteur, mais elle prend place dans la société/système complexe qui reste la référence...

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Merci Gael pour cette référence : effectivement pas mal d'acteurs se posent des questions sur la double contrainte portée par le socle des connaissances et de compétences...l'incohérence liée aux paradoxes générés est perçue par pas mal de gens...L'action et l'art des pédagogues permettront-elles de les dépasser ???? Quelles sont leurs marges de manoeuvre pour avancer ?

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J'ai envie de répondre que l'outil est ce que nous avons envie et décidons d'en faire ?

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La culture sociale ambiante, en tout cas la mienne, conduit les apprenants à considérer une évaluation comme une sanction...

J'ai l'habitude de conseiller mes apprenants pendant qu'ils réalisent une activité, qu'elle soit évaluée ou non. Je pointe les défauts, je re-formule une question pour orienter l'apprenant parti dans une mauvaise direction, bref je me sers de la situation pour pointer du doigt les manques, les imprécisions et guider chacun.

Mes primo-apprenants (ceux que j'ai pour la première fois) sont très déroutés par cette pratique : pour eux, une interrogation, çà se fait la peur au ventre si on à pas assez révisé ou pas tout compris, seul devant une feuille (ou un ordinateur dans mon cas)... C'est presque tabou que de les aider, à tel point que certains me disent, mais "M'sieur, si vous m'aidez, vous allez diminuer ma note..."

Je fournis systématiquement la grille d'évaluation précise avec le sujet, je les incite à s'y référer afin d'évaluer si ils ont bien rempli leurs obligations, bien répondus à mes attentes.
Les primo-apprenants ne savent pas l'utiliser... J'ai l'habitude de la présenter comme une check-list, mais pour eux, l'évaluation, c'est le domaine privé du prof... donc externe (Ils n'y peuvent rien, ils la subissent), qui leur échappe, alors que, comme vous, Jean-Paul, je considère que c'est un outil qui pourrait leur permettre de se préparer et de défendre/fonder leurs propres choix.

En ce qui concerne le rôle de l'informatique et d'Internet, personnellement, je considère qu'il s'agit d'un outil qui n'a d'intelligence que celle de son utilisateur !

En conséquence, je ne délègue pas à ce dernier ce qui me revient de droit :
* l'évaluation ;
* l'organisation d'un corpus de connaissance.

Cet outil facilite ces deux tâches parce qu'il me permait par exemple :
* d'automatiser la saisie des critères évalués, leur publication, la réalisation de statistiques ;
* d'assembler plus facilement des éléments de cours, de les publier et de les rendre accessibles plus aisément.

Mais j'ai coutume de dire à mes collègues stagiaires que quels que soient la situation et les outils utilisés, la véritable valeur ajoutée d'un cours vient du prof et de l'interaction qu'il est capable de créer et gérer avec ses élèves.
Si le prof n'a pas réfléchi au contenu, à ses implications, aux modalités de mise en oeuvre, à la façon de l'aborder, aux prolongements qu'il peut y apporter, ... la plus belle présentation, la plus détaillée des grilles d'évaluation n'y changeront rien !

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