Apprendre 2.0

Co-apprendre à apprendre durablement !

J'ose mon premier fil...

Depuis très peu de temps (j'ai un cerveau lent), je réalise à quel point mes étudiants (pourtant tous âgés de plus de 16 ans) ne savent pas apprendre. C'est comme si on leur avait appris les mathématiques, les sciences, le français, la musique, mais qu'on avait oublié de leur apprendre l'essentiel : apprendre. Pendant des années, j'ai cru qu'ils avaient appris à apprendre au secondaire. Je suppose que le secondaire a cru qu'ils avaient appris à apprendre au primaire et que le primaire a supposé qu'ils apprendraient cela plus tard.

Depuis très peu de temps (j'en ai bien honte), j'essaie de leur apprendre à apprendre. Je prends le temps de leur dire de noter ceci ou cela. Je prends le temps de leur dire de ne pas copier le texte des diaporamas présentés en classe, mais plutôt de comprendre la présentation, puis on résume. Je leur montre à faire des réseaux de concepts, j'essaie de leur en faire développer le réflexe.

J'espère que très bientôt (j'ai le cerveau lent), je saurai comment briser leur pensée magique qui leur fait croire qu'il suffit de vouloir réussir pour réussir, qu'il n'est pas nécessaire de travailler, pas nécessaire d'apprendre.

Passez-vous aussi pour des extra-terrestres ?

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Réponses à cette Discussion

"J'ai le cerveau lent..." et si c'était un signe de profondeur :-)

Je vois que nous sommes confrontés aux même problèmes. J'interviens auprès de jeunes qui ont entre 18 et 25 ans et je constate aussi un décalage de plus en plus grand entre ma façon d'appréhender les choses et la leur.
On les a trop longtemps habitués à appliquer des recettes. C'est très confortable et rassurant, tout notre système va de sens, dans telle situation tu fais ça, et ça, et hop t'as les points pour passer la sacro sainte "moyenne".
En France nous devons suivre un référentiel incohérent et débile. Depuis plus de 7 ans mes étudiants passent un examen où je suis capable de deviner à 80% le contenu... toujours les mêmes types d'exercices, répétifs et très pauvres...

Prendre son temps, observer, émettre des hypothèses, conjecturer, critiquer ses propres raisonnements, contrôler les solutions, revenir en arrière... c'est l'attitude que j'essaie de leur inculquer en face de problème. Bref leur montrer que l'on ne fait pas des maths pour ramener seulement une bonne note, mais que l'on fait des maths pour développer des habiletés intellectuelles, des méthodes de pensées, lourde tâche...

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Cerveau lent ?… je souris en lisant cela … tu es surtout très consciente des processus en jeu et du temps qu’ils mettent en jeu…ça me semble être très positif !

Et ça contraste effectivement beaucoup avec le temps ultra-court de la note qu’évoque Stéphane !

Je me dis qu’il y a surement quelque chose à travailler sur cette question des temps !

Ça résonne avec une entrevue avec Joel de Rosnay qu’à mentionnée François Guité récemment : http://contacttv.net/player_stream.php?invite=361

Joel de Rosnay évoque trois de temps :
- un temps court celui de l’immédiateté, du flot d’informations continues
- un temps long, celui de la linéarité de la vie
- un temps large comme celui de l’apprentissage, du mode asynchrone : c’est ce temps qui permet de réguler les deux autres

En ce qui concerne l’éducation, je me dis qu’elle doit avant tout viser un développement durable pour chacun et pour tous : les objectifs se situent résolument ici dans un temps long…cela suppose le développement de meta – compétences (apprendre à apprendre) qui s’inscrivent dans un temps large…Mais comment rendre compte de cette complexité dans un temps court…comment évaluer sur les jalons de l’avenir pour reprendre les termes de François Guité ici…
http://www.opossum.ca/guitef/archives/003886.html
Comment concilier tous ces temps et que chacun puissent leur donner sens au travers des apprentissages ?

La problématique de l’évaluation semble cristalliser ce questionnement ! Et je me dis que nous aussi nous avons à apprendre à apprendre autour des dimensions ?

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Petit morceau choisi de cette présentation : pour réfléchir !

http://www.info-finlande.fr/societe/education/article/Lhistoire_dun...

"La réussite des petits finlandais s’explique par plusieurs facteurs : le sentiment de sécurité et la motivation des jeunes enfants est renforcée par le fait que tout au long de leur scolarité dans les petites classes, c’est un enseignant unique qui leur est attaché, et qu’aucun système de notation n’est appliqué ; d’autre part, les relations entre enseignants et élèves sont en Finlande marquées par le naturel et la chaleur humaine, et une attention particulière est accordée au caractère agréable et incitatif de l’environnement scolaire. "

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Un autre texte qui me fait réfléchir aussi :

http://florencemeichel.blogspot.com/2007/12/connectivism-blog.html#...

Il met en question nos objectifs de controle derrière nos ambitions de réforme et il met en doute leur efficacité à long terme ?

A lire absolument !

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Oui, Mais....
Nous ne sommes pas finlandais. Et pas prêts à le devenir.
Première approche : la "transmission du savoir" et "la maximisation des potentialités". En France le premier terme c'est l'enseignement; le second c'est le soutien scolaire intelligent. Et si le soutien scolaire envahissait nos enfants comme les marées noires nos côtes....
Deuxième approche : la notation . Pardonnez moi, mais je connais bien ( vous aussi) une école française avec beaucoup d'élèves qui a un système de notations motivant ( et à mon avis efficace) : l'école de ski. Un niveau, une médaille. Sans aucune contrainte d'âge, ni d'ancienneté dans le niveau précédent. Je crois que nous manquons de diplômes ou de médailles. En France il faut attendre 12 ans de scolarité pour avoir le bac ( le brevet n'a pas de réelle valeur sur le marché). Des fois je me dis, chiche ! On fait pareil avec l'enseignement supérieur : 12 ans d'études avant de décrocher son premier diplôme . Pas un seul diplômé avant trente ans....
La notation a une contrainte : elle doit porter sur les notions essentielles et non sur les notions secondaires ( sauf à mettre des coefficients). Si des notions essentielles, c'est à dire qui seront utilisées dans les années suivantes, ne sont pas notées, on ne peut pas repérer les décrochages sur des points importants.
Quand on rate un diplôme, on le repasse. Ca paraît assez naturel comme principe. Pourquoi ne l'applique-t-on pas à la notation ? Une interro, on note; on corrige; on refait passer la même interro; et on re-note. La seconde note est bien plus importante que la première. N'est il pas ?

Pardonnez moi, je suis un martien
Laurent

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Je suis septique sur le "plus de diplomes et de médailles" : je ne vois là que "toujours plus de la même chose"...il me semble que ce n'est pas les diplomes qui ont dela valeur sur le "marché" mais les gens...ça me parait faire une sacrée différence !

J'aime bien par contre la dimension du droit à l'erreur et du droit à recommencer : j'en avais parlé ici
http://florencemeichel.blogspot.com/2007/10/education-20-le-dbut-de...

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Vous avez raison....parce que vous êtes Bac ++ . Mais je vis dans un pays bizarre, qu'on appelle encore la France. Dans ce pays bizarre les jeunes en échec scolaire sortent du système éducatif sans aucun diplôme. C'est peu. Je crois qu'ils seraient plus à l'aise sur le marché du travail avec une pelure en poche.
Dans ce pays bizarre, les immigrés qui veulent acceder au Statut de citoyen français, passent maintenant un vrai examen. Leur médaille de citoyen est un vrai diplôme. Ce qui fait que les français non naturalisés sont moins français que les naturalisés, parce qu'ils n'ont même pas la "médaille du bon français".
Dans ce pays bizarre, la très grosse majorité des patrons sort de la filière technique, sous valorisée. Tellement sous valorisée qu'on en a simplifié l'enseignement à l'extrême, mis à part la partie "artistique"; et les patrons qui en sortent ont le plus grand mal à recruter. Dans ce pays bizarre, ces mêmes patrons ont le droit de tout déléguer à des sociétés compétentes, sauf...la gestion du personnel.
Quand je parle de diplômes ou de médailles, je les dissocie complètement du niveau d'études : c'est la sanction d'un niveau de connaissances, que l'on peut passer à n'importe quel âge, y compris en formation permanente.
Je crois que la motivation des enfants n'est pas la même quand ils ont déjà un diplôme en poche ( leur première étoile). Je crois sincèrement que :
- ils se sentent reconnus, valorisés par un diplôme
- ils perdent moins confiance en eux dans les moments difficiles
-cela les incite à apprendre
- c'est un moteur familial
Je crois aussi que la scolarité obligatoire jusqu'à un certain âge ( mesure qui a été prise par la France rurale pour empêcher les enfants de sacrifier leur formation aux travaux des champs) n'a plus grand "sens" aujourd'hui. Je serai favorable à une scolarité obligatoire jusqu'à un certain niveau de diplôme (ou de médailles).
J'ai vécu avec des hommes qui ne savaient ni lire ni écrire, pour des raisons de pauvreté ( et non pas d'immigration). C'est un vrai handicap, même pour les travaux les plus simples.

Je pousse un peu plus loin la réflexion sur la notation. A quoi sert-elle au fond ? Quelle différence fait on entre celui qui a 11 de moyenne et celui qui a 16 ? La "plus-value" n'a pas de contrepartie palpable.
J'entends bien que le lien entre niveau scolaire et "valeur" sur le marché n'est pas évident. Encore faut-il se méfier des juges de la "valeur" sur le marché, qui ne sont pas les mieux placés en matière de formation ( l'INSEE affiche clairement que leur CSP est l'une des moins formée). Mais quand on est dans l'effort, il est normal que l'effort soit récompensé. Ce n'est pas de la responsabilité des enfants de savoir si l'effort est "payant" sur le marché du travail.
Quand vous participez à une compétition sportive individuelle vous appréciez la mesure de votre performance, par rapport à vous-même d'une part, et par rapport à d'autres. C'est humain, me semble-t-il.
Mens sana in corpore sano. C'était vrai dans la France rurale. La réciproque est vraie aujourd'hui : Corporis sanus in mense sanae.

Quel serait l'inconvénient de supprimer la plupart des contrôles en cours d'année, si nécessaire, et de les concentrer en fin d'année, dans un "package" type diplôme ou médaille ? Avec des mentions, comme au bac. Sans lien avec les problèmes de redoublement.

à suivre

le martien qui vit dans un pays si bizarre, et qui devient de plus en plus bizarre

laurent

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Bonjour Laurent et merci pour ce commentaire très riche

Plusieurs remarques me viennent à l’esprit en vous lisant :

- Je ne pense pas que la citoyenneté française se résume à l’obtention d’une médaille de « bon français » : ça relativise d’autant votre critère de "plus ou moins français" en fonction de son obtention ou pas !

- Je n’ai pas très bien compris votre propos sur le profil des « patrons » …les services de recrutement du personnel s’appuient aujourd‘hui sur des référentiels de compétences pour rechercher leurs collaborateurs…cette tendance a aussi des inconvénients (rationalisation excessive) mais elle cherche à mettre en adéquation les besoins de l’entreprise avec les individus et leurs expériences au sens large…le diplôme est une toute petite partie de l’équation !

- OK sur la dimension affective et motrice des systèmes de reconnaissance

- OK aussi sur l’approche par niveau qui nous projette résolument dans un système d’apprenance tout au long de la vie…mais pour pousser le raisonnement jusqu’au bout , dans ce cadre précis, la notion d’année scolaire tombe : l’unité de temps devient le niveau et la compétence acquise…intéressant !

- Pas d’accord avec vous sur l’analogie avec la compétition sportive : je crois pas que l’objectif de l’école soit de mettre les enfants en compétition mais en coopération : la différence me semble fondamentale…sauf à vouloir faire toujours plus de la même chose…

- Pas d’accord non plus sur la mise à l’écart des enfants sur les décisions qui les concernent très directement…je reprends vos termes : « Ce n'est pas de la responsabilité des enfants de savoir si l'effort est "payant" sur le marché du travail. »
Je crois au contraire que les enfants doivent y être associés pour en comprendre le sens ! On serait surpris d’aiileurs de leur maturité et de leur regards sur bien des sujets !

- Pour finir : j’ai moi aussi évolué pendant longtemps dans des milieux professionnels qui emploient des personnes « sans qualifications officielles »…ce qui ne veut pas dire qu’elles soient incompétentes…bien au contraire ! :-)

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Merci pour votre réponse

Je précise plusieurs points que j'ai mal exprimés :

les patrons :
En nombre de patrons, ceux qui sont dans l'artisanat et le petit commerce sont majoritaires. Cela fait quelque temps qu'ils disent à mi-mots qu'ils ne sont pas compétents pour recruter...et implicitement encore moins pour gérer les "relations sociales" ( et surtout syndicales). C'est l'un des freins de la croissance française : les petits patrons ne veulent pas recruter, par peur des syndicats.

Les plans de licenciement et la rationalité de la gestion du personnel
On voudrait nous faire croire à la rationalité de l'embauche, à l'adéquation des hommes et de la structure, etc....Si c'était vrai, tout salarié serait contributeur net au profit de l'entreprise; il n'y aurait nulle part de personnes qui coûtent plus qu'elles ne rapportent. Donc toute entreprise en difficultés (sauf les cas de croissance externe) devrait EMBAUCHER et non pas licencier : le licenciement est la privation d'une partie de profit; embaucher, dans un système optimisé est au contraire l'occasion d'augmenter le profit.
Or on voit pleuvoir les plans de licenciement, voire les fermetures d'usine dans les grands groupes. Ce n'est pas rationnel.
En France le cv est un document très irrationnel : pas de formalisme de présentation; véracité difficile voire impossible à vérifier; pas de critères de comparaisons d'un cv à l'autre ( le feeling.... !!!!) ; pas de pondérations des critères les uns par rapport aux autres. Cela n'a aucune rationalité.
Nous en avons eu une démonstration magistrale avec les 35 heures : pour que les modifications collectives d'horaires soient applicables dans une entreprise, il faut que le patron sache ce que fait chacun de ses collaborateurs.Or il ne le sait pas : c'est ce qui a fait que les 35 heures ont été aussi mal reçues par le patronat français : on lui a attribué des compétences qu'il n'avait pas, mais dont il fallait qu'il se serve. Les romains appelaient cela le noeud gordien. Les français appellent cela le sac de noeuds....

La compétition
Prenez le patinage artistique ou la natation synchronisée, ou le plongeon : ces disciplines, olympiques, sont des compétitions. Pourtant le critère de sélection est uniquement la notation. Il n'y a pas de composantes de la performance physique, pas de chronos etc... Ce sont des compétitions qui fonctionnent sur la notation et le classement. Quelles différences avec la notation scolaire ? La pertinence, peut être : les critères de notation me semblent plus rigoureux en compétition sportive que dans le monde scolaire, dans la mesure où rien d'essentiel n'échappe à la grille.
Prenons le golf : l'esprit du jeu est surtout une compétition avec soi-même : s'améliorer ou rester constant dans la durée. C'est le même principe que la notation scolaire . J'ai une meilleure note, ou une moins bonne, donc je m'améliore ou je me porte moins bien.
Il y a, dans la note, un principe caché de compétition : soit contre soi, soit contre les autres, soit les deux.
Vous évoquez la coopération en lieu et place de la notation. Il est possible de concilier les deux. La notation n'est "compétitive" que dans la mesure où elle est suffisamment précise pour individualiser les performances.
Par contre une notation par niveau, où de nombreux élèves de la même classe se retrouve au même niveau, me semble plus "coopératif"; et plus logique avec l'esprit de la notation. Si je mets, par exemple "insuffisant", "suffisant", "bien", "très bien", je déclare 4 niveaux; sans plus de précision à l'intérieur de chaque niveau. Donc pour chaque épreuve, chaque élève peut se retrouver dans l'un des 4 groupes. N'est ce pas plus "coopératif" ?
Mais, entre nous, quelle différence entre ces niveaux et les mentions du bac , par exemple ? Passable, assez bien, bien, très bien. Quatre niveaux également plus un cinquième implicite, l'"insuffisant" pour ceux qui ne décrochent pas le bac. Nous sommes à nouveau dans un système plus "coopératif", où la nuance

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Le problème de la prospérité des entreprises françaises dépasse mahleureusement largement la question du recrutement et de la formation du personnel...la globalisation des échanges projette en effet les organisations et leurs acteurs dans des systèmes radicalement plus complexes...ce qui peut effectivement être perçu comme irrationnel !

Aux évaluations en tant qu'outils de dépassement de soi et des autres, je préfère des repérages pertinents pour accompagner le développement des individus à la fois sur le plan personnel et collectif...au de-là des méthodes, ce sont les objectifs qui me semblent importants ! Je rejoins Olivier dans son approche !

Comme dirait mario Asselin, l'évaluation par niveau est peut-être la réponse mais quelle est la question ? :-)
J'aime bien l'angle de ta réponse !

L'enseignement, la formation touche directement à l'individu. Les problématiques qui s'offrent à nous dépasse de loin le simple cadre de la transmission d'un savoir. Il s'agit d'un réel accompagnement d'une personne dans son évolution voire son épanouissement.

Pour nous perfectionner, nous aider dans notre perpétuelle remise en question, nous avons besoin de rencontrer des points de vues différents ... celui d'un martien est donc le bienvenue :D

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Tu as raison Olivier de souligner l'importance de la diversité des points de vue !

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